Dimanche matin je me suis rendue avec ma mère à la maison de grand-père pour voir les dégâts occasionnés par les dernières pluies.
Ce lieu tant vivant auparavant est désormais désert, ça me fait mal au cœur de voir les vérandas assiégées par la poussière, de voir les volets clos même l’électricité et l’eau sont coupés puisque on n’ouvre qu’occasionnellement cette maison.
La larme à l’œil j’ai cherché un morceau de tuyau en plastique et j’ai pompé l’eau à partir de la réserve d’eau de pluie, j’ai retroussé mes manches et mon pantalon et j’ai nettoyé les vérandas juste pour avoir l’impression que ce lieu que j’aime tant est vivant.
Il ne reste qu’une semaine avant l’Aid…
J’appréhende cette date… Elle a été associée à tant de bons souvenirs.
Le jour de l’Aid j’ouvrirai la porte de cette maison à 8h du matin, comme je le fais depuis des années, mais…
Je ne prendrais pas le petit-déjeuner avec grand père, je ne serais pas la première à lui dire « Aid Mabrouk grand père », il ne me prendra pas dans ses bras en me disant « T’as toujours les mains froides toi »… Il ne me donnera pas ma « mahba » comme d’habitude… Je ne parlerai pas de l’actualité avec lui et il ne me racontera pas ses voyages… Je ne lui promettrai pas de revenir l’après midi pour passer la soirée avec lui et le reste de la famille.
Non cette fois-ci la maison sera vide, mais j’y viendrai quand même pour me rappeler de ces bon moments. Je me rappellerai des batailles de polochons avec les cousins, des rigolades avec grand père, des leçon de math et de français qu’il s’amusait à me donner, des versets de coran que je devait réciter par cœur ( je t’ai trompé grand-père, je n’ai jamais appris ces versets là , je les lisais toujours à partir du tableau dans le hall).
Dans cette maison il m’a appris à jouer aux cartes, il m’a raconté les fables de la fontaine et on s’est chamaillé à propos de la grammaire française.
C’est là bas que j’ai vécu mes plus beaux souvenirs d’enfance, mes plus belles leçons de vie, mes crises de rires les plus intenses.
Le jour de l’Aid j’irais réciter la Fatiha sur ta tombe et je viendrai m’asseoir dans ton fauteuil préféré, je fermerai les yeux et je me passerai le film de mes meilleurs souvenirs avec toi dans cette maison. Puis j’essayerai de faire en sorte que ce jour soit un jour comme les autres.
J’irai passer la journée dans la maison familiale du coté paternel et j’assisterai à un spectacle aussi désolant que cette maison vide, celui de mon père essayant coute que coute de réunir et de rassembler les lambeaux de sa famille déchirée et essayant de jouer le rôle du patriarche pour rassembler ses neveux autour de lui et pour entretenir l’illusion de la grande famille unie.
Sans ses piliers une maison ne tient plus debout, sans les grands parents la famille n’est plus pareille elle s’effrite comme une maison sans piliers







Vous avez dit …